Dans un monde de plus en plus interconnecté, où les défis dépassent les frontières — qu’il s’agisse du climat, des pandémies, des flux migratoires ou des marchés financiers — le repli sur soi semble paradoxalement devenir la norme. Partout, les discours nationalistes se durcissent, le multilatéralisme recule, et la coopération devient suspecte. Et pourtant, c’est précisément dans cette période d’incertitude que nous aurions besoin de plus de coordination, de confiance mutuelle et de lucidité collective.
1. Le retour des nationalismes économiques
Des États-Unis à l’Inde, de la Chine à la Turquie, la souveraineté industrielle est redevenue le mot d’ordre. Sous couvert de protection des intérêts nationaux, les chaînes de valeur sont relocalisées, les barrières commerciales se réinstallent, et les anciennes logiques de guerre économique reprennent le dessus. Ce nationalisme économique se présente comme une réponse rationnelle à la mondialisation, mais il s’accompagne souvent d’une montée des inégalités, d’un recul de la solidarité, et d’une vision myope du long terme.
2. La crise du multilatéralisme
L’Organisation mondiale du commerce est paralysée. L’ONU, marginalisée. Les COP sur le climat sont infiltrées par les intérêts fossiles. Même les structures régionales comme l’Union européenne connaissent des tensions internes, entre fragmentation politique et pression populiste. La coopération devient un mot creux, et les grands enjeux collectifs — climat, ressources, paix — sont relégués au second plan.
3. Le retour du climatoscepticisme déguisé
On ne nie plus le réchauffement climatique frontalement : on le relativise, on le contourne, on l’étouffe sous les prétextes économiques ou sociaux. Les mesures les plus ambitieuses sont bloquées au nom de la compétitivité ou du pouvoir d’achat. Les slogans remplacent les faits, et les citoyens, inquiets et fatigués, se réfugient dans l’immédiateté. Les responsables politiques, eux, préfèrent flatter cette peur plutôt que de l’éduquer.
4. Une illusion de sécurité
Se replier, fermer les frontières, réduire les interdépendances peut donner l’illusion de se protéger. Mais dans un monde aux ressources partagées et aux risques globaux, cela revient à s’enfermer dans une bulle de plus en plus fragile. Aucun mur ne protège d’un dérèglement climatique, aucun tarif douanier ne ralentit une pandémie, aucun repli ne permet de vivre sans les autres.
Conclusion : bâtir malgré tout
Le monde se referme, oui. Mais il n’est pas irrémédiablement perdu. Les idées circulent encore, des coalitions se forment, des citoyens résistent. Il appartient à ceux qui voient plus loin de tenir bon, d’écrire, d’expliquer, de relier. Et surtout de préparer ce qui viendra après le repli : une redécouverte, peut-être douloureuse, de notre interdépendance fondamentale.