Introduction : Le retour de l’Allemagne sur la scène stratégique
Depuis l’arrivée au pouvoir du chancelier Friedrich Merz, l’Allemagne affiche une nouvelle fermeté dans sa posture internationale. Alignée sur les États-Unis dans le dossier iranien, elle soutient l’idée de frappes préventives contre les infrastructures nucléaires de la République islamique. Pourtant, cette dureté contraste avec l’attentisme prolongé face à la Russie dans le dossier ukrainien. À travers ces deux cas emblématiques – Iran et Ukraine –, c’est une forme de cynisme géopolitique qui se dessine : l’Allemagne semble agir selon une morale sélective, façonnée autant par son histoire que par ses intérêts.
I. Un rôle discret mais réel dans le développement nucléaire iranien
Loin d’être neutre, l’Allemagne a historiquement contribué au développement du programme nucléaire iranien. Dès les années 1970, la société allemande Kraftwerk Union (filiale de Siemens) était chargée de construire la centrale nucléaire de Bouchehr. Après la Révolution islamique de 1979, le projet fut abandonné par les Allemands mais partiellement repris par les Russes. Dans les décennies suivantes, des entreprises allemandes ont exporté – parfois à leur insu ou via des sociétés écrans – des équipements à usage dual pouvant être réutilisés dans des centrifugeuses ou d’autres composants liés à l’enrichissement de l’uranium. Cette part de responsabilité, bien que marginale à l’échelle stratégique, n’est jamais évoquée aujourd’hui.
II. La doctrine Merz et l’alignement avec les États-Unis
Le chancelier Friedrich Merz affiche un atlantisme affirmé. Sous sa direction, Berlin a rapidement adopté la ligne dure américaine à l’égard de l’Iran, allant jusqu’à soutenir une intervention militaire préventive contre les sites nucléaires iraniens. Cette posture, tranchée et sans nuance, rompt avec la tradition allemande de prudence stratégique et de diplomatie active. Elle satisfait une logique d’alignement occidental dans un contexte global tendu, mais soulève une question : pourquoi une telle fermeté dans ce cas précis ?
III. Le cas ukrainien : entre soutien verbal et retenue stratégique
En parallèle, l’Allemagne s’est montrée beaucoup plus hésitante vis-à-vis de l’Ukraine. Depuis plus d’un an, Kiev demande la livraison de missiles Taurus, capables de frapper des cibles stratégiques russes à longue distance. Pourtant, Berlin a constamment retardé cette décision, invoquant un risque d’escalade. Cette prudence a suscité de nombreuses critiques internes, certains responsables accusant le gouvernement de freiner la défense de l’Ukraine. Le contraste est saisissant : une même Allemagne, proactive face à l’Iran, se montre passive face à une guerre en cours sur le sol européen.
IV. Deux poids, deux mesures ? La morale contre la stratégie
Ce double standard pose la question de la cohérence stratégique allemande. Peut-on dénoncer la menace iranienne en oubliant son propre rôle industriel passé ? Peut-on ralentir l’aide militaire à l’Ukraine tout en prônant la défense des valeurs européennes ? L’Allemagne semble aujourd’hui osciller entre morale affichée et calcul géopolitique. Ce cynisme n’est pas unique, mais il est d’autant plus visible dans un pays qui se veut exemplaire en matière de mémoire historique et de responsabilité internationale.
Conclusion : Entre mémoire, intérêts et contradictions
L’Allemagne de Friedrich Merz marque un tournant stratégique : plus engagée, plus directe, plus dure. Mais cette évolution s’accompagne de contradictions : d’un côté une fermeté sans nuance face à l’Iran, de l’autre une prudence récurrente face à la Russie. L’écart entre ces deux postures n’est pas anodin. Il révèle les tensions entre mémoire historique, intérêts industriels, alliances stratégiques et exigences morales. La nouvelle politique étrangère allemande, si elle veut être crédible, devra répondre à cette exigence de cohérence.