« Le mensonge politique moderne consiste à faire croire que la perception suffit à fonder la vérité. »
— inspiré de Hannah Arendt, *Du mensonge à la violence*
1. La perception : réalité légitime, mais instrumentalisable
Dans toute démocratie vivante, la perception collective joue un rôle fondamental : elle traduit un ressenti, une souffrance, une inquiétude. Mais cette perception n’est pas la réalité en soi. Elle doit être écoutée, analysée, confrontée aux faits. Quand elle devient un outil de rhétorique politique, elle perd sa fonction d’alerte pour devenir un levier électoral. Les partis extrêmes l’ont bien compris : à gauche, on mobilise la perception de l’abandon des services publics ; à droite, celle de l’insécurité ou du déclin civilisationnel. Mais dans les deux cas, il ne s’agit plus de comprendre : il s’agit de séduire.
2. Le piège des promesses fondées sur l’émotion
Une fois élue sur la base d’un discours émotionnel, la force politique est piégée par sa propre parole. Elle a promis de réparer le réel sur la base d’une perception. Mais la réalité est complexe, lente, résistante. Ni l’hôpital, ni la sécurité, ni l’école ne se réparent par décret. Faute de pouvoir tenir les promesses émotionnelles, le pouvoir est tenté soit par le déni de réalité, soit par la radicalisation verbale.
3. Quand la déception conduit au mensonge ou à la force
C’est le cœur du processus populiste. Trump, Orbán, Erdogan ou Bolsonaro ont suivi la même trajectoire : une élection sur un sentiment (peur, déclassement, humiliation), une impuissance à transformer ce sentiment en politique réelle, puis une fuite en avant autoritaire. La perception devient alors dogme, et toute résistance est qualifiée de trahison. Le réel n’est plus qu’un ennemi parmi d’autres.
4. Sortir de la spirale : pour une démocratie du réel
Une démocratie saine ne peut ni mépriser la perception, ni s’y soumettre. Elle doit écouter, comprendre, recouper, puis arbitrer en conscience. Cela suppose une culture du doute, de la nuance, de la patience. Il ne faut pas promettre l’impossible, mais reconstruire de la confiance dans la méthode démocratique. Et cela exige du courage : celui de dire la vérité, même quand elle est déceptive.
« Une démocratie sans vérité est une tyrannie émotionnelle. »
— librement inspiré de Tocqueville