Origine du SARS-CoV-2 : science, fantasmes et manipulations

Introduction

Depuis le début de la pandémie de COVID-19, l’origine du SARS-CoV-2, le virus responsable, a fait l’objet de nombreuses spéculations. Si deux hypothèses principales demeurent crédibles, des thèses fantaisistes, parfois relayées par des figures médiatiques, ont prospéré. Il est donc nécessaire de revenir sur les faits établis, les hypothèses scientifiques sérieuses, et les raisons pour lesquelles certaines croyances infondées séduisent encore.

I. Deux hypothèses scientifiques sérieuses

1. Origine naturelle par zoonose

L’hypothèse la plus couramment admise est celle d’un passage du virus de l’animal à l’homme. Des virus proches du SARS-CoV-2 ont été identifiés chez des chauves-souris (notamment RaTG13, BANAL-52) et des hôtes intermédiaires sont suspectés. Cette hypothèse est soutenue par des travaux publiés dans Nature et Science (Andersen et al., 2020).

2. Fuite accidentelle de laboratoire

Il existe une seconde hypothèse, celle d’une fuite accidentelle à partir d’un laboratoire comme l’Institut de virologie de Wuhan. Bien que plausible, cette hypothèse n’est appuyée par aucune preuve directe à ce jour. Plusieurs agences américaines évoquent une possibilité sans certitude (FBI, DOE), mais le consensus scientifique reste prudent.

II. Les fantasmes autour de la manipulation génétique

CRISPR-Cas9 est une technologie puissante de modification génétique, pour laquelle Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna ont reçu le prix Nobel en 2020. Bien que cette méthode permette théoriquement de modifier des virus, le génome du SARS-CoV-2 ne présente aucune trace d’utilisation de CRISPR (pas de séquences de coupure, ni de « scars » typiques).

III. L’affaire Montagnier et les séquences du VIH

Luc Montagnier, prix Nobel 2008 pour la découverte du VIH, a affirmé que le SARS-CoV-2 contenait des séquences du VIH, laissant entendre une manipulation. Cette affirmation se basait sur une étude indienne retirée pour manque de rigueur. Des analyses ultérieures ont démontré que les similitudes étaient anecdotiques et statistiquement banales.

IV. Pourquoi ces thèses prospèrent

Les thèses conspirationnistes prospèrent car elles offrent des explications simples à des phénomènes complexes. Elles s’appuient souvent sur des figures d’autorité, exploitent l’opacité politique (comme celle du régime chinois), et jouent sur la peur et la défiance envers les institutions.

V. Conclusion

La vérité scientifique est souvent difficile à expliquer, mais elle seule permet d’éviter les dérives. Il est crucial de défendre les faits, même complexes, contre les croyances simplificatrices.

Sources et références scientifiques

  • Andersen KG, Rambaut A, Lipkin WI, Holmes EC, Garry RF. ‘The proximal origin of SARS-CoV-2.’ Nature Medicine, 2020.
  • Holmes EC et al. ‘The Origins of SARS-CoV-2: A Critical Review.’ Cell, 2021.
  • WHO-convened Global Study of the Origins of SARS-CoV-2, Joint Report, March 2021.
  • The Lancet Commission on lessons for the future from the COVID-19 pandemic, 2022.
  • FBI, DOE assessments (declassified summary, 2023).
  • Nobel Prize in Chemistry 2020: https://www.nobelprize.org/prizes/chemistry/2020/summary/