Je l’avoue : je suis en colère. En colère après avoir lu les propos de Bruno Retailleau dans Valeurs actuelles, une nouvelle attaque contre Emmanuel Macron, une de plus, qui ne cherche ni le débat ni la nuance, mais le clivage et l’outrance. Une colère tranquille, raisonnée, mais tenace.
Car derrière cette rhétorique, il y a une présupposition dérangeante : en politique, il faudrait absolument choisir son camp, être de droite ou de gauche, comme si l’intelligence politique se résumait à une bipolarité figée, indépassable. Et ceux qui, comme moi, ne se reconnaissent ni dans les dogmes de la droite, ni dans les vieilles lunes de la gauche, seraient condamnés à être regardés avec mépris : sans boussole, sans idéologie, sans colonne vertébrale. Quelle erreur. Et quelle injustice.
L’idéologie de l’équilibre
Être centriste, humaniste, modéré, ou simplement en quête de justice et d’équilibre, c’est aussi une idéologie. Elle n’a peut-être pas de catéchisme ni de bible politique, mais elle repose sur des principes puissants : la recherche du bien commun, le respect des droits ET des devoirs, la laïcité républicaine, la solidarité sans assistanat, la responsabilité sans autoritarisme, l’ouverture sans naïveté.
Ce n’est pas une absence d’idées, c’est un refus de la radicalité, un choix réfléchi de la complexité, un engagement pour la nuance, qui est bien plus difficile à tenir que le confort des slogans partisans.
Une droite sans boussole
La droite française, aujourd’hui, prétend s’incarner dans des références historiques — le gaullisme notamment — qu’elle trahit régulièrement. Car le gaullisme n’est pas une idéologie : c’est un pragmatisme patriotique, un attachement à l’État et à la souveraineté, un refus du suivisme, qui peuvent très bien se conjuguer avec des idées de gauche (comme ce fut le cas dans la Résistance). Les Républicains de 2025 n’ont plus ni la hauteur du général, ni sa vision de l’intérêt supérieur du pays.
Et que reste-t-il ? Une droite éclatée entre conservatisme identitaire, néolibéralisme économique, autoritarisme sécuritaire et nationalisme feutré. Où est l’idéologie claire ? Dans les colonnes de Valeurs actuelles ? Dans les petits calculs électoraux ? Dans la tentation de singer Zemmour ou de séduire le RN pour survivre ?
Une gauche en crise de sens
Et la gauche ? Elle se débat, elle aussi, dans ses contradictions. Si le socialisme a pu s’appuyer sur des textes fondateurs (Jaurès, Blum, les écrits marxistes), il a perdu depuis longtemps sa cohérence doctrinale. Le marxisme mou, le réformisme technocratique, l’écologisme flou ou le mélenchonisme autoritaire ne dessinent pas un avenir lisible. La gauche oscille entre la nostalgie de la révolution et la gestion molle des institutions.
Et que dire de LFI, dont l’idéologie se résume parfois à un culte de la personnalité et à une stratégie de confrontation permanente, bien plus qu’à une pensée structurée ? Le populisme de gauche ne vaut pas mieux que celui de droite. Il divise, il essentialise, il caricature.
La justice sociale n’appartient à personne
Alors oui, je le répète : la justice sociale, la vraie, celle qui vise à corriger les inégalités sans entretenir la dépendance, n’appartient ni à la gauche, ni à la droite. Elle est une exigence éthique, républicaine, humaine. Elle peut s’exprimer dans des politiques fiscales équilibrées, dans une école exigeante et inclusive, dans une économie qui récompense l’effort sans écraser les plus faibles.
La politique ne devrait pas être un match de football entre deux camps rivaux. Elle devrait être la recherche honnête de solutions justes, dans un monde complexe. Rejeter cette complexité, c’est fuir la responsabilité.