Quand Dieu justifie l’innommable : retour sur l’usage politique du sacré

Il est des mots qui tuent plus sûrement que des armes. Parmi eux, celui de Dieu, lorsqu’il sort de la sphère intime pour devenir l’étendard d’une guerre ou d’un président. Que l’on tue au nom de l’uranium, du pétrole ou de la vérité absolue, l’horreur est la même. Mais lorsqu’on remercie Dieu pour un bombardement, c’est l’humanité elle-même qu’on assassine.

Dieu comme caution morale suprême

Invoquer Dieu dans l’espace public, surtout dans un contexte de guerre, revient à soustraire la décision politique au débat rationnel. Ce n’est plus un choix discutable : c’est un Bien absolu. Ainsi, toute critique devient sacrilège. On ne débat pas avec la Vérité révélée, on s’y soumet. Le politique, ainsi divinisé, devient tyrannique.

Privatiser le sacré pour préserver la paix

La foi peut être respectable, mais seulement lorsqu’elle reste une affaire intérieure. C’est dans la sphère privée qu’elle trouve sa dignité et sa force. Dès qu’elle pénètre l’arène publique comme justification de l’action, elle devient une arme. Le philosophe Spinoza l’avait bien compris : le religieux ne peut commander la cité.

La folie du religieux politique

Le fanatisme religieux n’est pas né de la foi, mais de son instrumentalisation. Ce n’est pas Dieu que l’on entend dans les discours politiques guerriers, mais l’homme qui parle en son nom pour imposer sa volonté. Cette folie consiste à croire qu’on détient le monopole du Bien, donc du droit de punir.

Dieu, ou l’absolution de la violence

De tout temps, les puissants ont béni leurs armes. La religion, en devenant justification, anesthésie les consciences. Elle rend acceptable ce qui ne le serait jamais autrement. La reconnaissance divine d’une guerre ou d’un bombardement nous ramène au Moyen Âge — ou à une forme moderne de théocratie voilée.

Conclusion

L’homme libre pense avec sa raison, et agit avec responsabilité. Ramener Dieu dans l’arène politique, c’est détruire cette liberté. La démocratie repose sur la discussion, le droit, et la responsabilité humaine. Dieu, s’il doit exister dans la société, ne peut l’être qu’en silence — dans le cœur de chacun, jamais dans la bouche d’un chef de guerre.