La récente nomination de Charles Kushner, condamné pour fraude fiscale et manipulation de témoin, au poste d’ambassadeur des États-Unis en France par Donald Trump, illustre une dérive inquiétante : celle d’un pouvoir élu qui s’affranchit des principes fondamentaux de la démocratie, sous couvert de légitimité électorale. Ce phénomène n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une tendance plus large où les mécanismes démocratiques sont instrumentalisés par des dirigeants populistes, autoritaires ou ploutocratiques pour renforcer leur pouvoir personnel ou familial.
1. Le népotisme et la dérive autocratique des nominations
Le trumpisme a porté à un sommet inédit la logique de fidélité personnelle comme critère de nomination. Des postes diplomatiques et exécutifs ont été attribués non sur la base de la compétence, mais de la loyauté : Jared Kushner, Ivanka Trump, et aujourd’hui Charles Kushner. Ce dernier, condamné en 2005, incarne une rupture éthique majeure. En faisant fi des principes de mérite et d’exemplarité, le président Trump redéfinit le pouvoir comme un outil personnel. Ce modèle rappelle les pratiques des oligarchies post-soviétiques, où le clan prime sur la loi.
2. La légitimité du suffrage contre les principes démocratiques
L’histoire nous enseigne que l’élection par le peuple ne protège pas toujours la démocratie : Hitler est arrivé légalement au pouvoir, comme Erdogan, Orban ou Poutine. Ce paradoxe interroge : peut-on appeler ‘démocratique’ un régime où le peuple vote librement pour des dirigeants qui abolissent ensuite les contre-pouvoirs, censurent la presse et modifient la Constitution à leur profit ? La démocratie ne se réduit pas au suffrage. Elle repose aussi sur l’État de droit, la séparation des pouvoirs, la liberté de la presse et la responsabilité morale. Quand ces piliers s’effondrent, le suffrage devient une façade.
3. Élus mais non démocrates : un phénomène mondial
Le cas Trump s’inscrit dans une tendance mondiale inquiétante : celle de dirigeants élus démocratiquement mais agissant de manière autoritaire. En Hongrie, Viktor Orban contrôle la justice et les médias. En Turquie, Recep Tayyip Erdogan a purgé des milliers de fonctionnaires et militarisé la présidence. En Russie, Vladimir Poutine manipule les lois et les élections pour conserver le pouvoir indéfiniment. Ces régimes cultivent l’illusion de la démocratie, tout en érigeant une autocratie efficace, souvent soutenue par une base populaire. La force de ces dirigeants repose sur leur capacité à canaliser le ressentiment, à attaquer les élites, et à contrôler l’information.
4. L’Europe sous tension : les prochaines erreurs collectives ?
La France et l’Allemagne ne sont pas à l’abri. L’ascension du Rassemblement national (RN) et de l’AfD témoigne d’une défiance croissante envers les institutions démocratiques classiques. Dans un climat de crispation identitaire, de désinformation numérique et de repli souverainiste, les électeurs peuvent être tentés par des discours simplificateurs, portés par des figures autoritaires, anti-européennes ou climatosceptiques. L’ironie tragique serait que les vieilles démocraties, attachées à la liberté d’expression et aux processus électoraux, ouvrent la porte, légalement, à leur propre affaiblissement. La démocratie libérale pourrait s’éteindre non sous la violence, mais sous les applaudissements d’une majorité convaincue de défendre ‘le peuple’ contre ‘le système’.
Conclusion
Non, tout ne devrait pas être permis. Et oui, le peuple peut se tromper. C’est pourquoi les démocraties doivent se protéger contre elles-mêmes. Cela passe par l’éducation civique, la transparence politique, l’indépendance des médias et des institutions. Il ne suffit pas de voter : encore faut-il défendre, collectivement, les valeurs qui donnent au vote sa véritable légitimité.