On ne fait plus de politique, on ne fait que de la démagogie, point à la ligne.
Le débat public français n’est plus un lieu d’arbitrage rationnel ni un espace de réflexion collective. C’est devenu une scène de théâtre tragique où l’indignation remplace l’analyse, la posture écrase la complexité, et où la démagogie règne en maître. Pendant ce temps, les instituts censés éclairer les décisions – INSEE, Cour des comptes, France Stratégie, DREES – publient des rapports partiels, techniques, ou inexploitables. À force de désarticuler la connaissance, la démocratie elle-même se désagrège.
1. La disparition du rationnel dans le débat public
La politique, au sens noble du terme, impliquait de choisir entre des options, de débattre d’arguments, de peser des conséquences. Aujourd’hui, tout est émotion, colère, ressenti. Plus personne ne veut risquer une phrase mesurée, une nuance ou un chiffre. Le factuel est disqualifié avant même d’être énoncé.
Prenons le cas de l’immigration : les estimations sérieuses parlent de 6 à 7 milliards d’euros nets pour les finances publiques. Le Rassemblement national annonce sans sourciller… 80 milliards. Et personne ne démonte sérieusement cette imposture.
2. Le renoncement des instituts censés informer
Nous disposons en France d’administrations remarquables : la Cour des comptes, l’INSEE, la DREES, l’OFII, France Stratégie. Mais leurs publications sont devenues illisibles pour le citoyen, trop prudentes pour être tranchantes, et souvent publiées dans l’indifférence générale.
Leur rôle n’est plus d’éclairer les choix, mais de ne fâcher personne. En renonçant à vulgariser et à porter la clarté dans l’espace public, elles ont cédé la place aux polémistes et aux camelots de la politique.
3. L’urgence d’un réarmement intellectuel
Il est encore temps de reconstruire un espace démocratique fondé sur le réel. Cela exige :
- Que les institutions produisent des synthèses annuelles, lisibles, comparables.
- Que les médias valorisent les travaux sérieux, même s’ils sont complexes.
- Que les élus retrouvent le courage de dire ce qui est, et pas seulement ce qui plaît.
Sans ce réarmement rationnel, la démocratie devient une illusion sonore. Elle fait du bruit, mais ne produit plus de décisions solides.
Conclusion
À force de disqualifier les faits, les chiffres et les institutions, on finit par ne croire qu’en la colère. Et la colère, seule, ne gouverne rien. Elle détruit, elle divise, elle fait élire des marchands de promesses. Mais elle ne construit aucun avenir. Le rationnel n’est pas une option, c’est une condition de survie démocratique.