Reagan, le vrai père du MAGA : grandeur rêvée, chaos semé

Ronald Reagan est souvent célébré comme celui qui a rendu confiance à l’Amérique, relancé l’économie et vaincu le communisme. Mais derrière cette légende dorée, se cache une réalité plus ambivalente : celle d’un tournant idéologique majeur, qui a préparé bien des fractures que le monde subit encore. Le slogan de Trump, « Make America Great Again », n’est qu’un écho de celui de Reagan. Et l’héritage du président-acteur va bien au-delà du théâtre politique.

1. Le précurseur du populisme néolibéral

Reagan a su marier deux récits puissants : celui de la liberté individuelle absolue, et celui de la restauration d’une grandeur nationale perçue comme perdue. Le tout dans un récit simplificateur opposant « l’État prédateur » aux « citoyens entreprenants ». Ce manichéisme a profondément transformé l’imaginaire politique occidental.

2. Une polarisation méthodiquement construite

Sous Reagan, la politique devient un outil de clivage idéologique. L’intellectuel est tourné en dérision, les syndicats brisés, les impôts sur les plus riches réduits, et les services publics fragilisés. L’opinion est sommée de choisir entre fierté nationale et doute existentiel. Ce climat de division a préparé le terrain au populisme agressif d’aujourd’hui.

3. Un héritage géopolitique instable

Le lancement du programme de « guerre des étoiles » en 1983, en pleine guerre froide, marque une tentative d’échapper à la logique de dissuasion mutuelle. Ce faisant, Reagan a introduit un sentiment d’insécurité stratégique mondiale. Il a également accru la dette américaine, misé sur l’endettement comme moteur de croissance, et renforcé la domination du dollar, au détriment de toute régulation mondiale concertée.

4. Un monde déséquilibré, hérité de ses choix

Le modèle reaganien a engendré un monde où les inégalités explosent, où la finance gouverne l’économie réelle, et où la puissance militaire justifie le contournement du droit. Ce monde, Reagan ne l’a pas vu. Mais il l’a conçu. Trump, lui, l’a exploité avec brutalité.

Conclusion

Reagan a peut-être restauré la confiance d’une partie des Américains. Mais cette confiance fut achetée au prix d’une politique mondiale devenue instable, d’un capitalisme déréglé, et d’une idéologie du succès individuel qui a ruiné l’idéal de justice collective. Le monde post-Reagan est celui de la dérégulation sans contrepoids, des récits simplistes, et du retour de la force brute.

« Le pire n’est pas que certains croient en des mensonges, c’est qu’ils n’aient plus rien à quoi croire d’autre. »
– Shoshana Zuboff