À l’heure où la guerre en Ukraine s’enlise et où les canaux d’information se multiplient, une étrange schizophrénie médiatique s’est installée sur certaines chaînes d’info continue. Sur LCI notamment, on peut entendre au cours de la même émission que les sanctions économiques contre la Russie sont inefficaces, tout en citant un article de The Insider qui rapporte que des financiers russes commencent à exprimer leur malaise face à la dégradation de l’économie. Cette contradiction illustre un profond malaise dans le traitement de l’actualité internationale : l’absence de hiérarchisation, de cohérence, et surtout de pédagogie.
1. Ce que dit vraiment The Insider
The Insider, média d’investigation indépendant en exil, a publié un article relayant les inquiétudes exprimées en coulisses par certains acteurs du secteur financier russe. Ces signaux faibles, bien réels, montrent que les élites économiques perçoivent la guerre comme un facteur de fragilité économique croissante. Mais il ne s’agit ni d’un appel public à cesser les hostilités, ni d’un retournement politique. Présenter cela comme un basculement du régime est une extrapolation abusive.
2. Ce que disent les économistes sérieux
L’efficacité des sanctions ne se mesure pas à court terme. Elles visent l’asphyxie progressive de secteurs clés de l’économie russe : technologies, financement extérieur, commerce énergétique. Elles provoquent une adaptation par contournement (via la Chine, l’Inde, la Turquie), mais ces solutions de rechange sont coûteuses et limitées. Sur le long terme, les sanctions creusent la dépendance stratégique de la Russie à l’égard de puissances tierces et réduisent ses capacités d’investissement productif.
3. « Les sanctions ne marchent pas » : une manipulation médiatique ?
Affirmer que les sanctions « ne fonctionnent pas » est une caricature. Elles n’ont pas mis fin à la guerre, mais elles affaiblissent progressivement l’économie russe, comme le montrent la baisse des revenus budgétaires, la fuite des cerveaux, la fragilité du rouble, et la dépendance accrue aux marchés asiatiques. Les effets sont réels, différés, mais incompatibles avec le rythme de l’information continue qui exige des résultats immédiats.
4. Quand les médias brouillent la compréhension
Le problème n’est pas tant dans les faits que dans leur traitement. LCI, comme d’autres chaînes, juxtapose des opinions contradictoires sans analyse, donne la parole à des chroniqueurs plutôt qu’à des experts, et alimente une confusion nuisible. Le spectateur est tiraillé entre l’idée que la Russie est affaiblie et celle qu’elle est invincible. Il n’y a plus de grille de lecture, seulement des impressions contradictoires.
Que faut-il retenir sur les sanctions ?
- Les sanctions ne visent pas un effet immédiat mais un affaiblissement structurel.
- Elles réduisent la capacité militaire, industrielle et financière de la Russie sur le long terme.
- Elles provoquent des contournements coûteux et instables via des alliances de circonstance.
- Dire qu’elles « ne fonctionnent pas » est un abus de langage révélateur d’une culture de l’instant.
Les voix critiques russes relayées par des médias d’opposition n’ont que peu de poids politique immédiat.