Sans les étrangers, la science américaine n’existerait pas : le paradoxe Trump

« Le nationalisme est une maladie infantile. C’est la rougeole de l’humanité. »
– Albert Einstein

Introduction

Alors que Donald Trump intensifie son discours anti-immigration, une vérité dérangeante persiste : la puissance technologique et scientifique des États-Unis repose largement sur les cerveaux venus d’ailleurs. Depuis plus d’un siècle, chercheurs, ingénieurs et entrepreneurs étrangers ont construit les piliers de l’innovation américaine. Remettre en cause cette dynamique, c’est scier la branche sur laquelle repose la suprématie technologique du pays.

Un socle scientifique construit par l’immigration

Dès les années 1930, les États-Unis ont accueilli des chercheurs européens fuyant les régimes autoritaires. Leo Szilárd, Albert Einstein, Enrico Fermi, John von Neumann, Edward Teller… Ces scientifiques, majoritairement juifs ou opposants politiques, ont été à l’origine de la révolution atomique, informatique, spatiale. Le projet Manhattan n’aurait pas vu le jour sans eux. Plus tard, l’arrivée de Wernher von Braun et d’autres ingénieurs allemands a permis le développement de la NASA. À chaque tournant, les talents étrangers ont servi de moteur.

Des chiffres indiscutables

Aujourd’hui encore, la domination technologique américaine s’explique en grande partie par l’attractivité du pays pour les talents du monde entier :

– 56 à 58 % des titulaires d’un doctorat en ingénierie ou informatique sont nés à l’étranger
– Plus de 60 % des post-doctorants dans les universités scientifiques sont étrangers
– Environ 40 % des prix Nobel américains en sciences depuis 2000 sont nés à l’étranger
– Plus de la moitié des start-ups de la Silicon Valley ont au moins un fondateur étranger ou issu de l’immigration
– Dans certaines disciplines (IA, cybersécurité, biotechnologies), les étudiants étrangers représentent plus de la moitié des doctorants

Trump contre les talents ?

En durcissant les conditions d’entrée des étrangers, en restreignant les visas H1B, et en adoptant un discours hostile à l’immigration, Donald Trump fragilise un modèle qui a toujours profité aux États-Unis. Le message envoyé aux chercheurs du monde entier est clair : vous n’êtes plus les bienvenus. Or, ces talents ont le choix. L’Europe, le Canada, l’Australie, et même la Chine s’ouvrent de plus en plus aux scientifiques étrangers.

Ce que l’Europe devrait comprendre

Face à cette fermeture américaine, l’Europe dispose d’une opportunité historique. Elle peut devenir un pôle alternatif d’innovation mondiale, à condition d’investir massivement dans la recherche, de simplifier ses procédures d’accueil et de valoriser les libertés académiques. Une politique d’immigration scientifique ciblée et humaine serait un levier à la fois éthique et stratégique.

Conclusion

La science, par nature, ignore les frontières. Ce qui a fait la force des États-Unis, c’est leur capacité à rassembler les meilleurs, quelle que soit leur origine. À l’heure où la tentation du repli s’installe, il est temps de rappeler que l’intelligence humaine est le fruit du partage, du métissage et de la liberté. L’Europe, si elle reste fidèle à ces valeurs, peut devenir l’héritière de ce que l’Amérique est en train d’abandonner.