Depuis son arrivée sur la scène politique mondiale, Donald Trump suscite autant la fascination que la consternation. Certains éditorialistes, y compris parmi ses opposants, lui reconnaissent une forme « d’intelligence instinctive », une capacité à sentir l’air du temps, à retourner les attaques à son profit, à capter l’attention des foules. Il serait, selon eux, un maître en communication populiste.
C’est une erreur d’analyse, et une dangereuse indulgence. Car ce que montre Trump, chaque jour un peu plus, ce n’est pas de l’intelligence — ni tactique, ni stratégique — mais une forme brutale et sans fard d’abus de position dominante.
1. Ni culture, ni raisonnement, ni mémoire
La pauvreté intellectuelle de ses interventions est aujourd’hui documentée :
– Un vocabulaire limité (niveau CE2 à CM2 selon des analyses linguistiques),
– Une répétition mécanique de slogans sans cohérence d’ensemble,
– Une ignorance manifeste des dossiers géopolitiques ou juridiques,
– Des erreurs factuelles constantes, y compris sur des sujets militaires, économiques ou historiques,
– Aucune capacité d’argumentation, aucune démonstration, aucun raisonnement structuré.
Son mode d’expression rappelle davantage une cour d’école qu’un cabinet présidentiel. Face aux journalistes, il interrompt, insulte, coupe la parole, se contredit — sans jamais s’en soucier.
2. La tactique du bluff permanent
On parle parfois d’ »instinct politique » à son sujet. Mais s’agit-il vraiment d’un instinct stratégique, ou simplement d’un cynisme sans filtre ?
Trump ne pense pas ses actes comme un stratège : il occupe le terrain, répète en boucle, et bluffe sans vergogne. C’est l’effet d’annonce, pas la construction d’un projet.
Exemple récent : sur la guerre Israël-Iran, Trump affirme que « nous avons pris le contrôle du ciel iranien », alors même que les opérations sont exclusivement israéliennes. Il s’approprie une action à laquelle il n’a ni contribué, ni participé, ni autorité pour le faire. Ce n’est pas de la stratégie, c’est du mensonge mégalomaniaque.
Autre exemple : sur l’Ukraine, il répète que « cela ne serait jamais arrivé si j’avais été président », sans jamais en expliquer les raisons. C’est une incantation circulaire, non un argument.
3. Une méthode : imposer une fiction comme réalité
Trump ne cherche pas à convaincre, mais à imposer une narration parallèle :
– Si c’est répété, c’est vrai.
– Si on me contredit, c’est que les médias sont corrompus.
– Si je suis poursuivi, c’est que je gêne l’establishment.
Ce n’est pas de la politique, c’est de l’inversion permanente des responsabilités, du complotisme par défaut, et une déresponsabilisation totale de ses propres actions.
4. Et pourtant, ça marche
C’est là que réside la véritable inquiétude. Car Trump n’est pas seul responsable de son ascension. Ce qui fait sa force, ce n’est pas son intelligence : c’est la faiblesse des garde-fous, la fatigue démocratique, la complaisance des médias, le désarroi d’une partie de la population.
Il capte l’attention comme le ferait une émission de téléréalité : il sature l’espace médiatique, absorbe le débat, divise pour mieux régner. Le tout sans jamais construire, proposer, ou assumer.
5. Conclusion : nommer les choses
Il faut cesser de maquiller la vérité. Trump n’est pas un tacticien machiavélique, ni un génie incompris. Il est un homme d’affaires brut, menteur, dominateur, sans culture ni scrupule, et son ascension est un symptôme plus qu’un exploit.
Ce n’est pas lui qui est intelligent. C’est nous qui avons baissé la garde.