Une injustice historique recouverte par le mot terrorisme

Préambule

Dans l’histoire contemporaine, peu de tragédies réunissent autant de couches d’injustice, de culpabilité et de manipulation morale que celle du conflit israélo-palestinien. On prétend souvent le réduire à une querelle religieuse ou à un choc de civilisations, alors qu’il s’agit avant tout d’un enchevêtrement de décisions politiques coloniales, de méprises stratégiques, et de refus d’écouter les peuples.

La création de l’État d’Israël en 1948, sur fond de compensation morale post-Shoah, a été perçue comme une réparation par l’Occident, mais une dépossession pour les Palestiniens. Pire encore : à l’humiliation historique s’est ajoutée une stigmatisation contemporaine, liant la cause palestinienne à la menace terroriste. Une lecture biaisée, qui masque la vérité humaine derrière une étiquette simplificatrice.

Introduction – Juillet 2025 : une reconnaissance qui dérange


Le 24 juillet 2025, le président Emmanuel Macron a déclaré que la France reconnaîtrait officiellement l’État de Palestine en septembre 2025, rejoignant ainsi d’autres nations européennes (Irlande, Espagne, Slovénie…). Cette décision, saluée par certains comme un acte de justice attendu, a immédiatement déclenché un raz-de-marée de critiques.

Deux arguments majeurs ont été avancés pour la contester :

1. La reconnaissance d’un État après les horreurs commises par le Hamas serait une prime au terrorisme.  
Cet article répond précisément à cette objection, en montrant que l’on peut condamner fermement les crimes du Hamas tout en reconnaissant les droits d’un peuple entier à l’existence politique.

2. Il n’y aurait pas de géographie d’État palestinien : pas de frontières claires, pas d’autorité unifiée.  
C’est vrai… mais Israël lui-même, reconnu par la quasi-totalité des pays du monde, ne dispose toujours pas de frontières définitives. Cela n’a pourtant pas empêché sa reconnaissance, ni son admission à l’ONU en 1949.

Reconnaître la Palestine aujourd’hui, ce n’est pas valider le Hamas, ni ignorer les défis de gouvernance, mais rompre avec une hypocrisie historique : on ne peut pas éternellement défendre le droit d’un peuple à exister tout en refusant de lui en donner les moyens juridiques et symboliques.

1. Une compensation morale mal dirigée

Le plan de partage de l’ONU de 1947, qui proposait la création de deux États en Palestine (un juif, un arabe), a été conçu dans un contexte de culpabilité à vif en Europe, juste après la Shoah. Le monde occidental, encore témoin des camps d’extermination et du sort tragique des Juifs d’Europe, a voulu offrir un refuge, un avenir, une terre. L’intention était compréhensible, même louable.

Mais elle s’est concrétisée au mépris d’un autre peuple, les Palestiniens, qui n’étaient responsables ni de l’antijudaïsme chrétien, ni du nazisme, ni de la collaboration des gouvernements européens. En offrant une terre pour se faire pardonner, les puissances occidentales l’ont tout simplement prise à un autre peuple. Cette double faute historique n’a jamais été réparée.

2. Le silence des décisions humaines

La suite est connue : guerre de 1948, exode des Palestiniens (la Nakba), occupation de nouveaux territoires en 1967, refus d’appliquer les résolutions de l’ONU, impunité pour les colonies israéliennes, impuissance de la diplomatie. Au fil des décennies, toutes les voies humaines de résolution ont échoué : ni les accords d’Oslo, ni les conférences de paix, ni les pressions internationales n’ont abouti à une reconnaissance équitable des droits du peuple palestinien.

Quand il n’y a aucune foi dans les décisions humaines, la religion débarque.

Privé de recours juridique, de résolution politique, de souveraineté territoriale, un peuple humilié se tourne vers ce qu’il lui reste : la foi, l’identité, parfois le sacrifice. Cette spiritualisation de la souffrance, quand elle est instrumentalisée, devient alors un levier de radicalisation. Ce n’est pas une fatalité religieuse, mais une conséquence politique directe de l’abandon.

3. Le glissement moral : de l’humiliation à la diabolisation

Depuis les années 2000, et particulièrement après le 11 septembre 2001, le raccourci mental entre « Palestinien » et « terroriste islamiste » s’est installé dans l’opinion publique occidentale. On ne parle plus des droits bafoués, mais des « risques sécuritaires ». On ne parle plus des colonies illégales, mais des roquettes de la terreur. On ne voit plus les enfants tués à Gaza, mais le Hamas.

Ce glissement est profondément pervers : il renverse la charge morale. Le peuple humilié devient menace. L’occupé devient dangereux. L’opprimé devient suspect. Et la communauté internationale s’accommode de cette inversion, tant elle est pratique pour justifier l’inaction.

4. Reprendre le fil de la justice

Il ne s’agit pas de nier l’existence d’actes terroristes. Mais de rappeler qu’un acte isolé ou même une organisation radicale ne peut effacer la légitimité historique et humaine d’un peuple à disposer de lui-même.

Il est temps de sortir de cette logique piégée qui consiste à blâmer les effets tout en entretenant les causes. Tant que l’injustice originelle ne sera pas reconnue et corrigée, les appels à la modération resteront vides. Ce ne sont pas les Palestiniens qui bloquent la paix, ce sont les dénis successifs de leur existence politique.

« Un peuple persécuté ne peut pas se construire sur l’injustice faite à un autre. » — Hannah Arendt, 1948

Postface

L’Histoire jugera peut-être les puissances occidentales non seulement pour avoir failli une première fois, face à la Shoah, mais pour avoir failli une seconde fois, en fabriquant une paix injuste, puis en abandonnant les conséquences de cette injustice à la fatalité religieuse et à la violence. Ce drame n’est pas celui d’une civilisation contre une autre, mais celui d’une communauté humaine incapable de traiter à égalité les victimes de l’Histoire.
Il est encore temps de redonner au mot « justice » tout son sens universel.

Le Hamas : entre impasse radicale et trahison politique

Le Hamas porte une responsabilité directe dans le déclenchement de l’horreur du 7 octobre 2023. Mais toute analyse honnête doit aussi s’interroger sur la manière dont ce mouvement a été toléré, voire renforcé, par ceux-là mêmes qui le combattent aujourd’hui. Depuis les années 2000, plusieurs gouvernements israéliens, notamment celui de Benyamin Netanyahou, ont favorisé indirectement le maintien du Hamas au pouvoir à Gaza, en autorisant ou en facilitant des flux financiers depuis le Qatar, dans le but de diviser les Palestiniens et d’affaiblir l’Autorité palestinienne modérée. Cette stratégie s’est révélée à double tranchant, car elle a contribué à renforcer un ennemi idéologique et militaire, tout en rendant impossible toute solution politique crédible.

Origine et montée en puissance

Le Hamas (Harakat al-Muqawama al-Islamiyya, Mouvement de la résistance islamique) a été fondé en 1987 au début de la première Intifada. Issu des Frères musulmans, il a d’abord été un mouvement religieux et social, s’opposant à l’OLP jugée corrompue et trop conciliante avec Israël. Mais très vite, il s’est affirmé comme un mouvement armé radical, refusant toute reconnaissance d’Israël et prônant une Palestine du Jourdain à la mer, sans compromis.

Le glissement vers l’impasse militaire

En 2006, le Hamas remporte les élections législatives dans la bande de Gaza, sur fond de désespoir populaire et d’échec du processus de paix. Son programme électoral mêlait dénonciation de la corruption, promesses sociales, et appel à la résistance. En 2007, il prend le pouvoir par la force à Gaza. Il devient alors un pouvoir autoritaire et militarisé, fortement soutenu par l’Iran, comme le Hezbollah au Liban.

Une tragédie pour le peuple palestinien

Le Hamas prétend incarner la résistance, mais il offre à Israël un alibi stratégique pour éviter toute négociation : « pas de paix possible avec ceux qui veulent notre disparition ». Ses actions armées, souvent lancées depuis des zones civiles, exposent délibérément les habitants de Gaza aux représailles. Il utilise parfois la population comme bouclier, aggravant la souffrance de ceux qu’il prétend défendre.

Un blocage complet du processus politique

Tant que le Hamas refuse la coexistence, s’aligne militairement sur l’Iran, et se livre à des provocations meurtrières sans projet politique crédible, il trahit la cause qu’il prétend porter. Il transforme une lutte légitime en impasse idéologique et désastre humanitaire.

Une cause juste, portée par des armes sans conscience ni projet, devient illisible et inaudible.